Le pavillon de musique de la comtesse du Barry, un joyau Ledoux aux portes de Paris

À quinze kilomètres de Paris, sur les hauteurs de Louveciennes, se dresse un édifice que peu de promeneurs connaissent et que les amateurs d’architecture XVIIIe siècle considèrent comme une pièce maîtresse : le pavillon de musique de la comtesse du Barry, construit par Claude-Nicolas Ledoux entre 1770 et 1772. Monument historique depuis 1945, il vient de changer de mains en 2025 pour la somme de 38,7 millions d’euros.

Un pavillon né des amours royales

C’est Jeanne du Barry, dernière favorite du roi Louis XV, qui passe la commande. Son château de Louveciennes ne dispose ni des espaces de réception ni des vues dégagées qu’elle souhaite. Elle fait appel à plusieurs architectes, retient finalement le jeune Ledoux et choisit un emplacement en surplomb de la Seine pour son panorama exceptionnel. Les travaux démarrent en décembre 1770 et le gros-œuvre est achevé en neuf mois à peine. Le 2 septembre 1771, Louis XV assiste en personne à l’inauguration : souper, concert et feu d’artifice réunis pour l’occasion.

Jeanne du Barry y organisera des réceptions jusqu’à la Révolution. Elle refusera l’exil, sera arrêtée en septembre 1793 et guillotinée le 8 décembre de la même année. Ses biens, dont le pavillon, sont alors confisqués et deviennent biens nationaux.

Ledoux et l’architecture néo-palladienne à Louveciennes

Scène illustrant l'opulence du Paris du 17ème siècle, avec ses architectures raffinées et ses détails ornementaux.

Le pavillon de Louveciennes est d’emblée considéré comme l’une des réalisations les plus abouties de Claude-Nicolas Ledoux et l’un des archétypes du néo-palladianisme en France. L’entrée, en forme d’abside semi-circulaire, donne accès à cinq salons en enfilade ouvrant sur la Seine, avec une vue à 180° allant de Paris jusqu’aux terrasses de Saint-Germain-en-Laye.

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Pour la décoration intérieure, Jeanne du Barry réunit les meilleurs artistes de son temps :

  • Pierre Gouthière pour les bronzes ciselés
  • François Boucher pour les peintures des plafonds, dont Le Couronnement de Flore
  • Jean-Honoré Fragonard pour les panneaux des Progrès de l’Amour (aujourd’hui à la Frick Collection, New York)
  • Jean-Jacques Caffieri et Jean-Baptiste Lemoyne pour les bustes du roi et de la comtesse
  • Honoré Guibert pour les pilastres et panneaux dorés à la feuille d’or

Fragonard livrera quatre grandes toiles entre 1771 et 1772, mais Jeanne du Barry refusera la commande (sans doute parce qu’elle y voyait une allusion à sa propre situation). Les tableaux partiront à la Frick Collection de New York un siècle plus tard, après avoir transité par J.P. Morgan.

Des siècles de métamorphoses

À la mort du banquier Jacques Laffitte en 1844, son domaine est morcelé et le pavillon passe de main en main. En 1911, Louis Loucheur y fait ajouter un étage sous combles mansardés qui défigure l’ensemble et fragilise la structure.

En 1929, le parfumeur François Coty rachète le bâtiment dans un état de grave dégradation. Il commande une opération radicale : le pavillon est entièrement vidé de ses décors, démoli et reconstruit à l’identique quinze mètres en arrière, avec une armature en acier et béton. L’étage mansardé disparaît, remplacé par un attique plus fidèle à l’esprit de Ledoux. Coty installe en sous-sol un laboratoire de parfumerie, un générateur électrique et une piscine.

Classé monument historique en 1945, le pavillon appartient ensuite à l’École américaine de Paris, puis à Victor Moritz (groupe Tréca), qui y reçoit notamment Valéry Giscard d’Estaing. En 1993, la Fondation Julienne Dumeste en fait don à sa propre fondation et lance une restauration conduite entre 2002 et 2005, avant une réouverture lors des Journées du patrimoine. Depuis 2019, le pavillon était mis en vente par Sotheby’s International Realty.

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Xavier Niel, nouveau propriétaire à 38,7 millions d’euros

En 2025, le milliardaire Xavier Niel acquiert le pavillon pour 38,7 millions d’euros (bien en deçà du prix initial de 44 millions). L’information est révélée par le média américain Bloomberg. Niel, déjà propriétaire de l’hôtel Lambert sur l’île Saint-Louis, ajoute ainsi à son patrimoine 1 355 m² de bâti et six hectares de parc dominant la Seine, à mi-chemin entre Versailles et Saint-Germain-en-Laye. Ses projets pour le lieu ne sont pas encore annoncés publiquement.

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