Le béton fibré à ultra-hautes performances (BFUP) n’est pas un béton comme les autres. Avec des résistances en compression atteignant 150 à 250 MPa (contre 30 MPa pour un béton courant), il ouvre des perspectives constructives radicalement nouvelles. À Paris, il a déjà signé plusieurs réalisations emblématiques. Tour d’horizon d’un matériau qui redessine les contours du bâtiment et du génie civil.
Qu’est-ce que le BFUP ?
Le BFUP est une matrice cimentaire renforcée par des fibres (métalliques ou organiques), formulée avec un très faible rapport eau/ciment (0,15 à 0,25), des fumées de silice et des superplastifiants. Son squelette granulaire, optimisé sur quatre à cinq classes de grains, lui confère une compacité et une imperméabilité exceptionnelles.
Né au début des années 1990 d’un programme de recherche piloté par Bouygues, Lafarge et Rhodia, le BFUP marque une rupture technologique nette avec les bétons à hautes performances (BHP). Sa faible porosité capillaire, quasi nulle, le rend imperméable aux ions agressifs, aux cycles gel-dégel et à la carbonatation.
Trois grandes familles de produits dominent le marché français :
- Ductal (Lafarge) : fibres organiques (architectonique) ou métalliques (structurel)
- BSI / CERACEM (Eiffage et Sika) : deux déclinaisons structurelle et architectonique
- Smart’up (Vicat / Vinci) : connu aussi sous l’appellation BCV
Des performances mécaniques hors normes
Resistance a la compression (MPa)
Source : donnees article. Fibres metalliques, rapport eau/ciment 0,15-0,25
Résistance à la compression et à la traction
Un BFUP structural atteint 150 à 250 MPa en compression à 28 jours, avec un module d’élasticité de 40 à 70 GPa. En traction directe, la résistance de la matrice dépasse 7 MPa. En flexion, selon la formulation et la géométrie, le matériau supporte 30 à 50 MPa.
Ces chiffres permettent de réduire les sections et les épaisseurs des structures, d’allonger les portées et de concevoir des pièces sans armatures passives. Un BFUP peut aussi atteindre 50 MPa en compression dès 16 heures, ce qui autorise une mise en tension précoce des câbles de précontrainte.
Durabilité et ductilité
Les fibres (2 à 3 % en volume, diamètre 0,1 à 0,3 mm, longueur 10 à 20 mm) confèrent au BFUP sa ductilité : le matériau se déforme sous charge sans rupture fragile. Un béton ordinaire casse net ; le BFUP se micro-fissure puis redistribue les efforts.
Sa durabilité est tout aussi remarquable. Résistance à l’abrasion, aux sels de déverglaçage, à l’eau de mer, aux sulfates et aux acides faibles : le matériau convient aux environnements les plus agressifs. Il possède également un potentiel d’auto-cicatrisation : le ciment anhydre résiduel réagit avec l’eau pénétrant par les microfissures et les rebouche.
Applications à Paris : des chantiers emblématiques
Paris et l’Île-de-France comptent plusieurs réalisations majeures en BFUP. Deux projets illustrent particulièrement le potentiel du matériau :
- La Fondation Louis Vuitton (Bois de Boulogne) utilise le BFUP pour ses voiles et parements courbes d’une précision millimétriques.
- La couverture du stade Jean Bouin (16e arrondissement) est une coque tridimensionnelle en dalles nervurées triangulaires de grande dimension, associées à des inclusions en verre.
Au-delà de ces deux références, le matériau s’impose dans les façades de bâtiments haussmanniens rénovés, les résilles et brise-soleil, le mobilier urbain, les passerelles piétonnes et les parements de sol intérieur. Sa capacité à être moulé dans des formes complexes et à reproduire fidèlement la micro-texture d’un moule en fait le favori des architectes parisiens attachés à la qualité des parements.
Prix et contraintes à connaître
Le BFUP coûte significativement plus cher qu’un béton traditionnel. Le prix du béton fibré tourne autour de 170 à 180 €/m³ hors livraison, mais ce chiffre ne reflète qu’une partie du coût total : la mise en œuvre exige des malaxeurs à fort gradient de cisaillement, des coffrages parfaitement étanches et une maîtrise stricte du rapport eau/ciment.
Parmi les contraintes réelles :
- Fibres carbone conductrices d’électricité (contrainte technique dans certains usages)
- Retrait endogène important (300 à 500 µm/m) : impose des précautions de coffrage
- Mise en œuvre nécessitant des équipes formées et des essais de convenance préalables
- Coût élevé à l’achat, compensé par la réduction des frais de maintenance sur la durée
Le BFUP reste pertinent économiquement lorsque la durabilité, la légèreté ou la liberté formelle priment sur le coût initial.
Un cadre normatif complet encadre désormais son utilisation : NF P 18-470 (matériau), NF P 18-710 (dimensionnement) et NF P 18-451 (exécution).







